Données brutes :
source INSERM – CépiDC (effectifs de décès de personnes domiciliées en France métropolitaine et DROM
Pour aller plus voir Évolution des données des suicides de 1979-2024 plus bas.
Analyse des données épidémiologiques des suicides en France 2023
Le suicide reste un enjeu majeur de santé publique en France.
Les statistiques permettent de mesurer l’ampleur du phénomène, mais aussi de mieux comprendre les différences selon l’âge, le sexe, le territoire et les conditions sociales.
En 2023, 8 848 décès par suicide ont été recensés en France entière, soit environ 4 % de moins qu’en 2022. Le taux standardisé était de 13 décès pour 100 000 habitants.
Ces chiffres doivent toutefois être interprétés avec prudence : les statistiques de mortalité ne permettent pas de rendre compte à elles seules de toute la réalité des conduites suicidaires.
En 2023, que nous disent les chiffres ?
8 848 décès par suicide recensés en France
13 / 100 000 taux standardisé de décès par suicide
75,1 % des décès concernent des hommes
Une tendance globalement stable
Au cours des cinq dernières années, les taux standardisés de décès par suicide sont restés globalement stables au niveau national, chez les hommes comme chez les femmes.
En France hexagonale, 8 676 décès ont été recensés en 2023, soit également une diminution d’environ 4 % par rapport à 2022.
A noter : une baisse ponctuelle du nombre de décès ne signifie pas nécessairement que la tendance générale s’inverse. Les évolutions doivent être observées sur plusieurs années.
Le suicide concerne davantage les hommes
Près de 3 décès sur 4 concernent des hommes.
Les écarts entre les sexes sont particulièrement importants aux âges les plus avancés.
Chez les hommes
Les taux les plus élevés sont observés chez les :
- 65 ans et plus : 37 décès pour 100 000 hommes
- 45–64 ans : 29 décès pour 100 000 hommes
La situation est particulièrement marquée chez les hommes de 85 ans et plus, pour lesquels le taux atteint 76 décès pour 100 000 hommes.
Chez les femmes
Le taux le plus élevé concerne les femmes de 45–64 ans, avec 10 décès pour 100 000 femmes, suivies des femmes de 65 ans et plus, avec 9 pour 100 000.
Chez les femmes de 85 ans et plus, le taux atteint 12 décès pour 100 000 femmes.
Ces taux sont restés relativement stables au cours des cinq dernières années, quel que soit le sexe ou la classe d’âge.
Des différences importantes selon les territoires
La mortalité par suicide n’est pas répartie de manière homogène sur le territoire français.
Dans l’Hexagone, on observe globalement un gradient décroissant du nord-ouest vers le sud-est.
Les régions présentant les taux les plus élevés
- Bretagne : 21 décès pour 100 000 habitants
- Pays de la Loire : 16 pour 100 000
À l’inverse :
- Île-de-France : 8 pour 100 000
- Corse : 10 pour 100 000
Dans les DROM, les taux restent parmi les plus faibles de France. En 2023, le taux le plus élevé est observé en Guyane, avec 10 décès pour 100 000 habitants.
Des différences peuvent également être observées entre départements appartenant à une même région.
Pourquoi faut-il rester prudent avec ces comparaisons ?
Une année donnée peut produire des variations importantes lorsque les effectifs sont faibles, notamment à l’échelle départementale.
Par ailleurs, les décès dont la cause reste inconnue ou dont l’intention est indéterminée ne sont pas pris en compte de la même manière selon les territoires. Le fonctionnement spécifique des instituts médico-légaux peut également contribuer à expliquer certains écarts.
Les différences territoriales doivent donc être interprétées avec précaution.
Les inégalités sociales face au suicide
Les données récentes montrent également un lien important entre conditions de vie et mortalité par suicide.
Une étude de la DREES, publiée en janvier 2026, a notamment permis de croiser les données de mortalité avec le niveau de vie, le lieu de naissance et différentes caractéristiques sociales.
Le suicide est deux fois plus fréquent chez les personnes les plus modestes
Entre 2011 et 2021, le taux moyen de suicide varie fortement selon le niveau de vie.
Chez les femmes :
9,0 pour 100 000 parmi les 10 % les plus modestes
contre
4,1 pour 100 000 parmi les 10 % les plus aisées.
Chez les hommes :
25,7 pour 100 000 parmi les 10 % les plus modestes
contre
11,3 pour 100 000 parmi les 10 % les plus aisés.
Cette association entre niveau de vie et risque suicidaire persiste lorsque d’autres caractéristiques sont prises en compte.
La pauvreté et la précarité peuvent notamment fragiliser les liens sociaux et exposer davantage certaines personnes à des situations de vulnérabilité.
Le lieu de vie et le lieu de naissance comptent également
Les données montrent aussi des différences selon le lieu de naissance.
Chez les hommes, le risque de décès par suicide est particulièrement élevé chez les personnes nées dans l’Ouest de la France métropolitaine, notamment chez les personnes nées en Bretagne.
À l’inverse, les hommes nés à l’étranger, et particulièrement ceux nés en Afrique subsaharienne, présentent un risque de décès par suicide plus faible.
Chez les femmes, les différences territoriales liées au lieu de naissance sont moins marquées, même si les femmes nées en Bretagne et en Normandie présentent des taux supérieurs à la moyenne.
Ces résultats doivent être considérés dans leur contexte : ils décrivent des différences statistiques entre populations et ne permettent pas, à eux seuls, d’expliquer les mécanismes à l’origine de ces écarts.
La ruralité : un autre facteur à prendre en compte
L’étude de la DREES met également en évidence un lien entre ruralité, éloignement des pôles urbains et mortalité par suicide, particulièrement chez les hommes.
À catégorie socioprofessionnelle comparable, les taux de suicide tendent à être plus élevés lorsque la taille de la commune diminue.
L’environnement de vie constitue ainsi une dimension importante à prendre en compte dans la compréhension des inégalités face au suicide.
Profession, diplôme et situation sociale
Les différences sont également visibles selon la catégorie socioprofessionnelle.
Chez les hommes de plus de 25 ans, les agriculteurs, employés et ouvriers présentent respectivement un risque de suicide supérieur de 40 %, 30 % et 29 % à celui des cadres et professions intellectuelles supérieures, à caractéristiques socio-économiques comparables.
Chez les femmes, les différences selon la catégorie professionnelle sont beaucoup moins marquées. Une exception est toutefois observée chez les cadres ou anciennes cadres de plus de 65 ans, dont le taux apparaît légèrement augmenté.
Le niveau de diplôme est également associé au risque de suicide chez les hommes : un niveau de diplôme élevé est associé à un risque plus faible. Cette association n’est pas retrouvée de la même manière chez les femmes.
Les analyses portent sur un échantillon de la population française. De ce fait, il n’est pas possible d’estimer avec précision les taux de suicide pour des professions regroupant trop peu d’individus.
Vie de couple, veuvage et isolement social
La situation familiale est également associée au risque de décès par suicide.
Le veuvage apparaît comme un facteur particulièrement important chez les hommes âgés.
Selon l’étude de la DREES, le fait d’avoir survécu à son conjoint est associé à un risque de suicide multiplié par :
2 chez les femmes
9 chez les hommes
Chez les hommes, le veuvage pourrait ainsi contribuer de manière importante à la surmortalité suicidaire observée après 65 ans.
Plus généralement, à âge égal, les personnes veuves, célibataires ou divorcées présentent des taux de suicide plus élevés que les personnes vivant en couple.
À l’inverse, la vie en ménage et la présence d’enfants sont associées à un risque plus faible.
L’association diffère cependant selon le sexe : chez les hommes, la vie en couple semble particulièrement protectrice ; chez les femmes, c’est davantage la présence d’enfants qui est associée à un risque plus faible.
Santé mentale et troubles psychiatriques
Les troubles psychiatriques constituent un facteur majeur associé au risque suicidaire.
Selon les données analysées par la DREES, les taux observés chez les personnes présentant un trouble psychiatrique peuvent être jusqu’à 30 fois supérieurs à ceux observés dans l’ensemble de la population, notamment pour les troubles addictifs, la bipolarité ainsi que les troubles anxieux et dépressifs.
Entre 2015 et 2020, environ la moitié des suicides observés dans l’échantillon étudié concernaient des personnes identifiées comme présentant un trouble psychiatrique probable.
Ces données soulignent l’importance de l’identification et de la prise en charge des troubles psychiques dans les stratégies de prévention.
Mais elles montrent également que les facteurs sociaux et économiques continuent d’être associés au suicide même lorsque les troubles psychiatriques sont pris en compte.
Une histoire qui s’inscrit dans le temps
Pour comprendre l’évolution de la mortalité par suicide, il est nécessaire de regarder les données sur une période suffisamment longue.
Évolution des décès par suicide en France : 1979–2024

source INSERM – CépiDC (effectifs de décès de personnes domiciliées en France métropolitaine et DROM
Les statistiques de décès par suicide sont établies à partir des certificats de décès. La base de données est gérée par le CépiDc-Inserm.
Les données détaillées, notamment par âge, sexe et département, sont disponibles en open data sur le site du CépiDc.
Attention : les statistiques de mortalité ne sont pas parfaitement exhaustives.
Une sous-évaluation d’environ 10 % est estimée au niveau national, notamment en raison des décès dont la cause reste indéterminée ou des décès ayant fait l’objet d’un examen médico-légal dont la conclusion n’a pas été transmise au CépiDc-Inserm.
L’Observatoire national du suicide rappelle donc que les évolutions des décès par suicide doivent être interprétées avec précaution.
Ce que ces données nous apprennent
Les chiffres ne racontent jamais toute l’histoire d’un suicide.
Ils permettent cependant d’identifier des inégalités importantes :
- les hommes représentent environ trois quarts des décès ;
- les taux les plus élevés sont observés chez les personnes âgées, particulièrement chez les hommes ;
- les territoires français présentent des écarts importants ;
- les personnes les plus modestes sont davantage touchées ;
- la ruralité et l’éloignement des pôles urbains sont associés à des taux plus élevés, particulièrement chez les hommes ;
- la situation familiale, notamment le veuvage, joue un rôle important ;
- les troubles psychiatriques sont fortement associés au risque suicidaire.
Ces constats sont essentiels pour adapter la prévention du suicide aux différentes populations et aux différents territoires.
Sources et références
Sources principales :
- Santé publique France — Surveillance annuelle des conduites suicidaires, bilan 2024, édition nationale, 10 octobre 2025.
- DREES — Le suicide, trois fois plus fréquent chez les hommes, deux fois plus chez les plus modestes, Études et Résultats n° 1364, 29 janvier 2026.
- CépiDc-Inserm — statistiques nationales des causes de décès.
- Observatoire national du suicide — rapports nationaux sur le suicide et sa prévention.
Pour aller plus loin
Observatoire national du suicide
- 6e rapport — Suicide : mal-être croissant des jeunes femmes et fin de vie – Penser les conduites suicidaires aux prismes de l’âge et du genre/ février 2025
- 5e rapport — Suicide : mesurer l’impact de la crise sanitaire liée au Covid-19 – Effets contrastés au sein de la population et mal-être chez les jeunes / septembre 2022
- 4e rapport — Suicide : quels liens avec le travail et le chômage ? Penser la prévention et les systèmes d’information, Observatoire national du suicide / juin 2020
- 3e rapport — Suicide : enjeux éthiques de la prévention, singularités du suicide à l’adolescence / février 2018
- 2e rapport — Suicide : Connaître pour prévenir : dimensions nationales, locales et associatives – février 2016
- 1er rapport — Suicide : état des lieux des connaissances et perspectives de recherche /novembre 2014.
Le suicide est un phénomène complexe, qui ne peut pas être expliqué par un seul facteur.
Les données épidémiologiques permettent de mieux repérer les populations et les contextes les plus exposés. Elles constituent ainsi un outil essentiel pour orienter les politiques de prévention et améliorer l’accès à l’aide et aux soins.
En France
