Contextes particuliers

Contextes particuliers: le suicide aux différents âges de la vie

Si le suicide est exceptionnel avant 10 ans et ne représente une cause de mortalité significative qu’à partir de 15 ans, il croit progressivement avec l’âge, et de manière plus marquée chez l’homme (notamment entre les 15, 40, puis au-delà de 65 ans) que chez la femme
Cette progression avec l’âge du risque de mort par suicide est connue depuis longtemps de tous les épidémiologistes.

ONS – 2016

« Il est manifeste que la vieillesse est l’âge de prédilection du suicide. Et c’est un fait pourtant ignoré, tant sont associés aujourd’hui, dans l’opinion, le fait suicidaire et la jeunesse.
Ce rapprochement entre jeunesse et suicide repose sur l’ambiguïté du terme lui-même qui englobe à la fois les décès et les tentatives qui n’aboutissent pas à la mort. En ce qui concerne les tentatives, c’est bien au moment de l’adolescence, et quelques années plus tard, qu’elles sont les plus nombreuses. Par ailleurs, en termes de mortalité, il faut considérer le taux absolu et le taux relatif dans une tranche d’âge déterminée. Ainsi, le risque de mourir du suicide après soixante cinq ans reste marginal si on le compare aux autres causes de mort potentielles qui interviennent à cet âge ; il apparaît ainsi comme un évènement assez exceptionnel et il ne retient pas l’attention…
»

L’adolescence
A l’inverse, chez l’adolescent, les causes de mort et c’est heureux, sont exceptionnelles, la première est représentée par les accidents et c’est le suicide qui arrive en deuxième position. C’est pourquoi lorsqu’un adolescent meurt, il y a un risque important qu’il se soit suicidé. Ainsi se construit l’idée que le suicide menace d’abord la jeunesse». Michel DEBOUT

On meurt peu à cet âge de la vie. La mortalité dite « naturelle » est bien plus faible que dans les ages plus avancés. Les morts par suicide prennent alors, un relief tout particulier à ce moment symbolique de l’entrée dans la vie, ou du moins dans la vie adulte. Il faut garder la raison face à ce phénomène, difficile à aborder, et nous méfier des passions et des réactions qu’il déclenche.

Deux considérations soulignent toutefois l’importance du suicide chez le sujet jeune. C’est tout d’abord le fait que le suicide tend actuellement à augmenter plus vite avec l’âge dans les générations les plus jeunes. C’est ensuite le fait que le suicide est une cause de mortalité bien plus importante chez le sujet jeune que chez le sujet âgé : son importance relative est maximum vers 30 ans, le suicide expliquant à ce moment là, 20% des décès masculins et 15% des décès féminins

Répétons le la mortalité par suicide est très faible chez les adolescents et jeunes adultes, mais en revanche, le nombre de tentatives de suicide y est beaucoup plus important.
S’il est vrai que l’on peut évaluer 8 à 10 tentatives de suicide chez les adultes pour 1 suicide complété, nous sommes autour de 50 pour 1 chez les adolescents.

Tentatives de suicide par sexe et âge (en %)

C’est une période d’épreuves qu’il ne faut ni idéaliser ni transformer en obstacle insurmontable…La jeunesse reste le moment de tous les possibles, des engagements qui prennent sens, de la créativité et de la vie qui s’annonce pleinement.
C’est l’entrée dans la condition adulte : ce passage est pourtant difficile à définir et à effectuer. Aujourd’hui surtout, où le déclin des normes et singulièrement de la norme adulte de l’homme mur, de l’honnête homme, met en question les modèles de la maturité.
La maturité qui n’est qu’un masque. « Le groupe des adultes qui m’a adopté, surveille mes gestes, ma vie entière. Il m’aide à ne pas retourner en deçà de la frontière qui me sépare désormais, et pour toujours, de mon enfance. Je suis d’abord adulte pour les autres, comme les autres le sont pour moi. Dans les rencontres, il me faut cacher ces hésitations, ce tâtonnement qui seraient considérés comme des signes inacceptables d’immaturité. Je suis responsable de ce visage. Et pas seulement devant mes pairs, mais devant mes enfants, mes élèves, mes employés.
Dans le face à face de tous les jours, je dois d’abord ne pas perdre la face » 
Georges LAPASSADE

L’adulte
Il convient d’insister et de souligner que les sujets âgés payent le tribut le plus lourd à la mortalité suicidaire et que l’impact social du phénomène est maximum dans la période de maturité, en raison de la densité des liens psychosociaux noués à cette époque de la vie.

C’est d’abord un accomplissement définitif. Pour lui, d’ordinaire, les jeux sont faits. Son univers est un monde fixe : les métiers sont stables, les techniques se transmettent sans grand changement d’une génération à l’autre. C’est l’âge des responsabilités personnelles de l’affirmation, de la construction, de la réussite, mais aussi de la confrontation à l’échec. Et puis, pourquoi se voiler la face, la stabilité et la maturité sont partout mises en question en tant que valeurs, en tant que normes. Des évènements de tous ordres peuvent surgir pour bousculer la vie et la rendre parfois invivable. Aujourd’hui l’engagement cherche de moins en moins ses directives dans une vision du devenir qui pourrait annoncer un âge adulte de l’histoire. Nous n’avons plus besoin, pour agir, d’imaginer un avenir sans conflits, et des groupes humains réconciliés. Mais bien au contraire tout ce qui devient stable est déjà mort. Nous sommes dans l’ère d’une société jamais achevée.

La personne âgée

Environ 5 000 décès chaque année concernent des personnes âgées de plus de 55 ans
Dont près de 2000 de plus de 75 ans avec toujours une nette prédominance masculine
Par ailleurs la France détient le triste record du plus fort taux en Europe.

Les personnes âgées se suicident plus souvent qu’on ne le pense

Le silence qui pèse encore sur le suicide des personnes âgées, apparaît bien plus marqué que pour le reste de la population. Le phénomène reste ignoré ou occulté dans l’opinion publique (les médias y portent peu d’intérêt).

Rappelons-nous à certaines obligations:

– Lutter contre l’isolement des personnes âgées ; le maintien des liens sociaux et familiaux, le maintien dans le cadre de vie habituel, sous réserve d’aides apportées au domicile, contribuerait de manière certaine à limiter le développement de tendances suicidaires.

– Améliorer les conditions d’accueil dans les établissements de long séjour, travailler le trauma du transfert de son habitat à la vie institutionnelle, cadre de vie bien spécifique. Prendre en compte l’accroissement du sentiment de solitude et d’exclusion, qui s’accompagne d’une certaine désespérance conduisant à un état dépressif. Privilégier l’aspect relationnel dans les établissements d’accueil et y affecter les moyens humains indispensables.

– Développer la formation initiale et continue en gérontologie pour tous les personnels qu’ils soient professionnels ou volontaires qui interviennent auprès des personnes âgées

– Une aide et un accompagnement, une sensibilisation aux besoins relationnels et psychologiques des familles et des proches, des intervenants associatifs.

« C’est bien dans le regard que l’homme porte sur son propre vieillissement et dans le regard que la société porte sur les vieillards qu’il faut rechercher la véritable cause des suicides des personnes âgées » A. BOIFFIN.